La femme du boulanger

Posté par , le 27 Mar 2019  dans Actualités, Non classé | Aucun commentaire
La femme du boulanger

Le boulanger : Ah ! Te voilà, toi ? Regarde, la voilà la pomponnette… Garce, salope, ordure, c’est maintenant, que tu reviens ? Et le pauvre pompon, dis, qui s’est fait un mauvais sang d’encre ! Il tournait, il virait, il cherchait dans tous les coins… Plus malheureux qu’une pierre, il était… Et elle, pendant ce temps-là avec ses chats de gouttières… Des inconnus, des bons à rien… Des passants du clair de lune. Qu’est-ce qu’ils avaient, dis, de plus que lui ?

Sa femme : Rien.

Le boulanger : Toi tu dis « rien. » Mais elle, si elle savait parler, ou si elle n’avait pas honte – ou pas pitié du vieux Pompon – elle me dirait : « ils étaient plus beaux. » Et qu’est-ce que ça veut dire, beau ? Et la tendresse alors, qu’est-ce que tu en fais ? Dis, tes ministres de gouttières, est-ce qu’ils se réveillaient, la nuit, pour te regarder dormir ? (La chatte, tout à coup, s’en va tout droit vers une assiette de lait qui était sur le rebord du four, et lape tranquillement.) Voilà. Elle a vu l’assiette de lait, l’assiette du pauvre Pompon. Dis, c’est pour ça que tu reviens ? Tu as eu faim et tu as eu froid ?… Va, bois-lui son lait, ça lui fait plaisir… Dis, est-ce que tu repartiras encore ?

Sa femme : Elle ne repartira plus…

Le boulanger : Parce que, si tu as envie de repartir, il vaudrait mieux repartir tout de suite, ça serait sûrement moins cruel…

Sa femme : Non, elle ne repartira plus… Plus jamais…

Film « La femme du boulanger » de Marcel Pagnol, 1938, librement inspiré d’une nouvelle de Jean Giono, « Jean le Bleu

La femme du boulanger, tech mixte sur partition, 29 x 22 cm, 2019
Vous aimez ? Partagez et diffusez !

Leave a Reply